Votre plus gros client vient de vous annoncer qu’il « règlera dans 90 jours, comme d’habitude ». Sauf que d’habitude, c’était 45 jours. Et que votre fournisseur, lui, n’attend pas. Ce décalage entre ce qu’on vous doit et ce que vous devez, je le vois créer des sueurs froides chez des dirigeants pourtant aguerris. Les retards de paiement pénalisent la trésorerie des PME à hauteur de 15 milliards d’euros selon le rapport 2024 de l’Observatoire des délais de paiement. Quinze milliards. Et pourtant, la majorité des entreprises que j’accompagne n’ont aucun processus structuré pour suivre leurs créances.
Information importante
Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en gestion financière. Consultez un expert-comptable ou un conseiller financier pour adapter ces recommandations à votre situation.
- Votre poste clients est un indicateur de santé financière, pas une simple ligne comptable
- 4 signaux d’alerte à surveiller : DSO qui dérive, concentration risque, retards récurrents, balance âgée déséquilibrée
- La relance préventive avant échéance change tout (et c’est gratuit)
- Un processus structuré réduit le DSO de 10 à 15 jours dès le premier trimestre
Ce que révèle vraiment votre poste clients sur la santé de votre entreprise
Franchement, je ne comprends pas pourquoi tant de dirigeants traitent leur poste clients comme une simple ligne du bilan. C’est un peu comme regarder la jauge d’essence d’une voiture sans se demander si on va arriver à destination. Les créances que vos clients vous doivent, c’est de l’argent qui travaille pour eux au lieu de travailler pour vous. Et ça, concrètement, ça impacte tout : votre capacité à payer vos fournisseurs, à investir, parfois même à verser les salaires à temps.
Ce qui me frappe souvent, c’est le décalage entre la perception et la réalité. Un dirigeant me dit « mes clients paient correctement ». Quand on creuse, on découvre un DSO (délai moyen d’encaissement) de 58 jours alors que ses conditions générales prévoient 30 jours. Ça représente presque un mois de chiffre d’affaires immobilisé chez ses clients.

Le problème s’aggrave quand on regarde les comportements des grandes entreprises : 52% d’entre elles paient au-delà des 60 jours légaux selon DAF Magazine. Si vos clients sont des grands groupes, vous subissez probablement cette réalité. Et mécaniquement, c’est vous qui financez leur BFR.
25%
des défaillances d’entreprises sont liées à des problèmes de trésorerie causés par les retards de paiement
Ce chiffre de la Banque de France devrait vous interpeller. Une entreprise sur quatre qui dépose le bilan le fait parce que ses clients ne l’ont pas payée à temps. Pas parce qu’elle manquait de commandes. Pas parce que ses produits étaient mauvais. Simplement parce que l’argent n’est pas rentré quand il le fallait.
Les 4 signaux d’alerte que vous ignorez probablement
Dans mon accompagnement de PME françaises (industrielles et services, 2020-2025), l’absence de relance préventive avant échéance allonge le DSO de 15 à 25 jours en moyenne. Ce constat varie selon le secteur et la taille de l’entreprise, mais la tendance reste constante : attendre passivement que le client paie, c’est lui donner l’autorisation tacite de retarder.
Attention au piège classique : Beaucoup de DAF surveillent le DSO global sans analyser la dispersion. Un DSO moyen de 45 jours peut masquer 3 clients à 90 jours qui plombent votre trésorerie pendant que les autres paient à 30 jours.
Voici les signaux que je vois systématiquement ignorés, alors qu’ils annoncent des problèmes sérieux :
Votre situation est-elle critique ? 4 signaux à vérifier
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Votre DSO dépasse 50 jours alors que vos conditions prévoient 30 jours
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Un seul client représente plus de 20% de votre encours total
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Plus de 15% de vos créances ont plus de 60 jours de retard
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Vous n’avez pas consulté votre balance âgée depuis plus de 15 jours
Si vous cochez deux signaux ou plus, votre suivi n’est pas à la hauteur des enjeux. Et ce n’est pas une question de compétence : c’est une question de processus. Pour approfondir la vision globale de vos flux, découvrez les méthodes de suivi de la trésorerie qui complètent utilement le pilotage du poste clients.
Le cadre légal est pourtant clair : le délai convenu ne peut dépasser 60 jours date de facture ou 45 jours fin de mois aux termes du Code de commerce. Les sanctions peuvent atteindre 2 millions d’euros pour une personne morale. Mais soyons réalistes : dans la vraie vie, personne ne dénonce son client à la DGCCRF. La seule solution, c’est de structurer votre suivi.
Structurer votre suivi : la méthode qui fonctionne dès le premier mois
Je me souviens de Gérard, dirigeant d’une entreprise de négoce BTP dans la région lyonnaise (15 salariés, CA de 3 millions d’euros). Quand il m’a appelé, son encours clients représentait 45 jours de chiffre d’affaires et les tensions de trésorerie devenaient récurrentes. Son suivi ? Un fichier Excel avec plus de 200 clients actifs, devenu totalement ingérable. Six mois après avoir mis en place un processus de relance structuré, son DSO avait baissé de 12 jours. Sans investissement lourd, sans friction avec ses clients.
La clé, c’est la relance préventive. Je recommande toujours de commencer par là, parce que c’est gratuit et que ça change tout. L’idée est simple : contacter le client AVANT l’échéance pour vérifier que la facture est bien enregistrée et qu’aucun problème technique ne retardera le paiement.
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Émission de la facture avec mentions légales complètes -
Relance préventive par email : confirmation bonne réception -
Échéance contractuelle -
Relance niveau 1 : rappel courtois avec copie facture -
Relance niveau 2 : appel téléphonique + engagement date
Ce calendrier n’est pas gravé dans le marbre. Adaptez-le à votre secteur et à la typologie de vos clients. L’essentiel, c’est d’avoir un processus répétable que votre équipe peut appliquer sans réfléchir.

Avant d’investir dans un outil, posez-vous une question : est-ce que mon problème est organisationnel ou volumétrique ? Si vous avez moins de 50 clients actifs et que votre équipe est formée, un tableur bien structuré peut suffire. Au-delà, ou si les relances manuelles consomment plus de 2 heures par semaine, un logiciel de gestion poste client devient rentable. Le gain de temps libère votre équipe pour des tâches à plus forte valeur ajoutée.
Mon avis : commencez par le processus, pas par l’outil. Trop d’entreprises achètent un logiciel avant d’avoir clarifié leurs règles de relance clients. Résultat : l’outil automatise le chaos au lieu de le résoudre.
Vos questions sur le suivi du poste clients
Quelle est la différence entre DSO et délai de paiement contractuel ?
Le délai contractuel, c’est ce que vous avez négocié (30, 45 ou 60 jours). Le DSO (Days Sales Outstanding), c’est la réalité observée : le nombre de jours moyen entre l’émission de vos factures et leur encaissement effectif. L’écart entre les deux mesure votre problème de recouvrement.
Comment relancer sans froisser mes clients importants ?
La relance préventive avant échéance règle 80% du problème. Elle est perçue comme un service (« je vérifie que tout est en ordre ») et non comme une pression. Pour les retards, adoptez un ton factuel et professionnel. Rappelez les faits, pas les émotions. Un client sérieux respecte un fournisseur qui se respecte.
Faut-il appliquer les pénalités de retard légales ?
Le taux légal est de 12,15% pour le second semestre 2025, plus 40€ d’indemnité forfaitaire. Dans la pratique, la plupart des entreprises ne les appliquent pas pour préserver la relation commerciale. Mais les mentionner sur vos factures et CGV crée un effet dissuasif. C’est un levier de négociation, pas forcément d’application systématique.
À quelle fréquence analyser ma balance âgée ?
Minimum hebdomadaire pour une PME avec plus de 30 clients actifs. Quotidien si vous avez des tensions de trésorerie. L’objectif n’est pas de produire un rapport, mais de déclencher des actions immédiates sur les créances qui dérivent.
Le poste clients n’est pas une fatalité subie. C’est un levier que vous pouvez actionner dès demain matin. Commencez par sortir votre balance âgée, identifiez vos trois plus gros retards, et passez un coup de fil. Pas un email. Un appel. Vous aurez des réponses en 24 heures que vous attendiez depuis des semaines.
Pour aller plus loin : Le suivi du poste clients s’inscrit dans une gestion globale de vos flux financiers. Si vous souhaitez optimiser l’ensemble de votre cycle, explorez également la gestion de la facturation en entreprise pour sécuriser votre processus de bout en bout.
Adapter ces pratiques à votre contexte
- Les indicateurs mentionnés (DSO, taux d’impayés) varient selon les secteurs d’activité
- L’efficacité des processus de relance dépend de votre relation commerciale existante avec vos clients
- Les délais légaux de paiement peuvent évoluer (vérifier le Code de commerce en vigueur)
Pour une analyse personnalisée, consultez un expert-comptable ou directeur administratif et financier.
